Intrum figure parmi les plus grands groupes européens de recouvrement de créances. Sur Trustpilot, la société affiche une note très basse, largement en dessous de 2 sur 5, avec des témoignages récurrents faisant état d’appels répétés, de courriers menaçants et de relances sur des dettes anciennes ou contestées. Ces pratiques soulèvent une question juridique précise : à partir de quel moment le recouvrement amiable constitue-t-il du harcèlement téléphonique, et quels recours le débiteur peut-il exercer ?
Article 222-16 du Code pénal : le seuil entre relance et harcèlement téléphonique
Les sociétés de recouvrement ont le droit de relancer un débiteur par téléphone, mais la loi pénale pose un cadre strict. Les appels téléphoniques malveillants ou les messages réitérés ayant pour objet de troubler la tranquillité d’autrui sont sanctionnés.
A lire en complément : Salaire pour prêt de 15.000 € : quels critères prendre en compte pour obtenir le montant souhaité ?
La sanction prévue est lourde : un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Ce texte s’applique même si la dette réclamée est réelle. Le caractère répétitif des appels, leur fréquence (plusieurs fois par jour, week-ends compris) et le ton employé sont les critères retenus par les tribunaux pour caractériser l’infraction.
Les témoignages publiés sur les forums et plateformes d’avis décrivent des schémas similaires : appels quotidiens depuis des numéros différents, messages vocaux automatisés, SMS insistants. Ces pratiques, lorsqu’elles sont documentées, constituent une base solide pour engager une procédure.
Lire également : Comment les taux de crédit pourraient évoluer en 2025

Prescription des créances : un point à vérifier avant toute réponse à Intrum
Avant de répondre à un courrier ou de décrocher le téléphone, vérifier si la dette est prescrite change la donne. Pour les dettes de consommation courante (abonnements téléphoniques, énergie, crédits à la consommation), le délai de prescription est de deux ans, conformément à l’article L218-2 du Code de la consommation.
Ce délai court à compter de la première échéance impayée. Une fois expiré, le créancier perd le droit d’obtenir un paiement par voie judiciaire. La société de recouvrement peut continuer à envoyer des courriers, mais elle ne peut pas saisir la justice pour contraindre au paiement.
Attention à ne pas interrompre la prescription
Reconnaître la dette par écrit, effectuer un paiement partiel ou signer un échéancier relance le délai de prescription à zéro. C’est un piège fréquent : un débiteur contacté par Intrum accepte de verser une petite somme pour « avoir la paix », et se retrouve de nouveau engagé pour deux ans.
Toute communication avec la société de recouvrement doit donc être pesée. Ne rien signer, ne rien payer et ne rien reconnaître tant que la réalité et la validité de la créance n’ont pas été vérifiées.
Contester une créance Intrum : démarches concrètes et preuves à réunir
La contestation d’une dette réclamée par Intrum suit un parcours précis. Le point de départ est toujours le même : exiger la preuve de la créance.
- Envoyer un courrier recommandé avec accusé de réception demandant le contrat d’origine, le décompte détaillé du montant réclamé et le titre de la créance (facture, contrat, jugement). Sans titre exécutoire, aucune saisie n’est possible.
- Conserver systématiquement les preuves des appels reçus : captures d’écran du journal d’appels, enregistrements si la législation locale le permet, SMS et courriers. Ces éléments serviront en cas de plainte.
- Vérifier auprès du créancier d’origine (opérateur télécom, fournisseur d’énergie) si la dette existe toujours dans leurs propres fichiers. Il arrive que la créance ait déjà été soldée ou annulée sans qu’Intrum en soit informé.
- Si la dette est prescrite ou inexistante, répondre par courrier recommandé en invoquant la prescription ou en contestant formellement la créance, puis cesser toute autre communication.
En l’absence de réponse satisfaisante d’Intrum dans un délai raisonnable (généralement un mois), la situation bascule vers les recours externes.
Porter plainte et signaler les pratiques abusives de recouvrement
Plusieurs voies de signalement coexistent, et les combiner renforce la démarche.
Plainte pénale pour appels malveillants
La plainte peut être déposée au commissariat, en gendarmerie ou directement auprès du procureur de la République par courrier. Il faut joindre le relevé des appels, les courriers reçus et tout élément démontrant le caractère répétitif et perturbateur des contacts. Le fondement juridique est l’article 222-16 du Code pénal.
Signalement à la CNIL
Lorsque les coordonnées téléphoniques sont utilisées sans base légale valable (dette prescrite, absence de contrat, données obtenues de manière douteuse), un signalement auprès de la CNIL est pertinent. La Commission peut enquêter sur les conditions dans lesquelles Intrum a obtenu et exploité les données personnelles du débiteur.
Saisine de la DGCCRF
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes surveille les pratiques des sociétés de recouvrement. Un signalement via la plateforme SignalConso permet de documenter les abus. Les retours terrain divergent sur l’efficacité de cette voie prise isolément, mais elle contribue à déclencher des contrôles lorsque les signalements s’accumulent.

Droit du débiteur face à un recouvrement amiable : ce que la loi impose à Intrum
Le recouvrement amiable est encadré par des règles strictes. Le décret du 18 décembre 1996 impose à toute société de recouvrement de mentionner dans ses courriers le nom du créancier d’origine, le fondement et le montant de la dette, ainsi que le fait que le débiteur peut contester.
Un courrier de recouvrement qui omet ces mentions est irrégulier. Le débiteur peut s’en prévaloir pour contester la démarche. De même, les frais de recouvrement amiable ne peuvent pas être facturés au débiteur : ils sont à la charge du créancier.
Menacer d’une saisie sans disposer d’un titre exécutoire (jugement, ordonnance) constitue une pratique trompeuse. Les courriers évoquant un « projet de saisine du tribunal » ou une « procédure imminente » visent souvent à provoquer un paiement rapide, sans qu’aucune procédure judiciaire n’ait été engagée.
Face à Intrum, la posture la plus efficace repose sur trois éléments : vérifier la prescription, exiger les preuves de la créance et documenter chaque contact abusif. Une dette contestée par écrit avec les bons arguments juridiques aboutit souvent à un arrêt des relances.

