Le Centre d'étude de l'énergie nucléaire (SCK-CEN) de Belgique a réussi à faire fonctionner un petit réacteur nucléaire piloté par un accélérateur de particules construit par le CNRS, qui pourrait préfigurer une solution pour réduire la toxicité des déchets nucléaires.
Sans supprimer la nécessité d'un stockage géologique, le processus envisagé de transmutation des déchets pourrait réduire leur radiotoxicité d'un facteur 100 après mille ans, a expliqué mercredi devant la presse Annick Billebaud, responsable scientifique du projet "Guinevere" pour le CNRS.
Cela pourrait permettre de diviser par cinq les surfaces nécessaires pour enfouir les déchets de Haute activité à vie Longue (HAVL), a-t-elle précisé.
L'installation expérimentale "Guinevere", mise en service en Belgique, est la maquette du futur réacteur expérimental "MYRRHA" qui devrait être opérationnel en 2023.
Modèle de démonstration, Guinevere n'a jusqu'ici fonctionné qu'à une puissance de 15 watts. Ce réacteur au plomb est "sous-critique", c'est-à-dire qu'il dépend d'un accélérateur (ADS) pour lui fournir les neutrons alimentant la réaction en chaîne. Ce qui permet de contrôler son fonctionnement. Si l'accélérateur est arrêté, le réacteur s'arrête.
Grâce à des neutrons rapides, des systèmes comme Guinevere et plus tard MYRRHA ouvrent la possibilité de "brûler" de grandes quantités d'actinides mineurs (neptunium, americium, curium) en produisant des éléments moins polluants.
Ces actinides pourraient représenter jusqu'à 50% du "combustible" dans de tels réacteurs pilotés par ADS contre seulement 4% dans les autres types de réacteurs à neutrons rapides, a relevé Mme Billebaud.
La transmutation permet de transformer un noyau radiotoxique en un noyau qui l'est moins. Les neutrons rapides sont indispensables pour casser certains noyaux lourds, lors d'un processus de fission créant des noyaux plus légers.
Ces recherches sur la transmutation des déchets nucléaires effectuées dans le prolongement de la "loi Bataille" de 1991 pourraient à terme aboutir à la mise au point de réacteurs industriels capables d'assurer cette tâche.
Si de tels réacteurs pilotés par ADS représentaient 6% de la puissance totale des réacteurs nucléaires d'un pays, ils pourraient transmuter suffisamment de déchets pour éviter l'augmentation des stocks, a précisé Hamit Aït Abderrahim, directeur général adjoint du SKC-CEN belge.
Cela suppose toutefois la poursuite du retraitement des déchets.
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