Placement miracle ou énième défiscalisation trompeuse, le solaire photovoltaïque est cette année sur les lèvres de tous les investisseurs. En ces heures sombres où la bourse, l’immobilier et même les produits monétaires laissent perplexes, il fallait bien que l’épargne trouve rapidement un nouveau débouché. Or, dans cette météo orageuse, il semble à nouveau que ce soit le Roi Soleil qui fasse la pluie et le beau temps, nous explique Jerome MARTIN de PHOTEUS.
Il faut dire que Sa Majesté a quelques arguments à faire valoir. D’abord, EDF a, depuis 2006, l’obligation de racheter le courant produit par les centrales solaires pendant une période non renouvelable de 20 ans à compter de leur mise en production. Voilà qui élimine tout risque commercial à l’activité. C’est un peu comme si un nouveau constructeur de voitures se voyait assuré d’écouler 100% de sa production avant même que la première usine soit sortie de terre. Et le tarif d’achat garanti a aussi de quoi donner un coup de chaud : il est aujourd’hui légèrement supérieur à 60c€/kwh lorsque, dans le même temps, les consommateurs payent leur courant à moins de 10c€/kwh.
Si on ajoute à ces arguments, qui se suffiraient pourtant à eux-mêmes, que l’activité de producteur d’électricité est, pour les particuliers, subventionnée par un crédit d’impôt et parfois certaines aides départementales ou régionales, et, pour les entreprises, éligibles aux réductions d’impôts (Impôt de Solidarité sur la Fortune ou Impôt sur le Revenu) pour souscription au capital des PME, on pense avoir compris que le gros lot n’est plus très loin...
Tel un champ de tournesols tendus tous ensemble vers le même objectif, de nombreuses sociétés de gestion proposent donc cette année un montage défiscalisant autour de l’exploitation de centrales solaires. Et le Capital dithyrambique diffusée sur M6 ce 10 mai 2009 ne va certainement pas aider les investisseurs à retomber de leurs nues éthérées.
Pourtant, les risques de cette activité sont loin d’être négligeables. Sans vouloir décourager ce placement qui s’inscrit par ailleurs dans une politique de développement durable, il nous paraît important de bien expliquer aux investisseurs les risques encourus. Voici quelques pistes que nous vous invitons à creuser avant de vous lancer :
L’Etat n’a pas vocation à nourrir des rentiers, surtout dans une période où il a déjà tellement de mal à boucler ses fins de mois. Le tarif d’achat garanti va donc baisser : c’est Jean-Louis Borloo lui-même qui l’a annoncé. Initialement prévue pour fin 2010, cette baisse pourrait bien survenir plus tôt qu’escompté, sans que personne n’en connaisse la date précise (on parle de plus en plus du 31 décembre 2009). Le nouveau tarif devrait être de 45c€/kwh. A ce prix, la majeure partie des projets n’est plus rentable, sauf à ce que le prix des panneaux chute da manière significative très rapidement.
Les collectivités locales commencent à s’émouvoir des projets de construction de "hangars fantômes" n’ayant d’autre activité que celle de supporter une centrale solaire. Dans certains départements, elles bloquent systématiquement à raison les permis de construire. Par la faute des chasseurs de primes, le solaire pourrait bien perdre son aura de placement écologique...
Les centrales au sol ne sont pas mieux loties : on retrouve à la fois les arguments des anti-biocarburant, à savoir la compétition entre énergie et alimentation, et les arguments des anti-éoliens : verrues dans le paysage, qualités environnementales à démontrer...
Il est évident que les sociétés qui vont lever des millions d’euros sur cette activité ne parviendront pas à placer tout l’argent collecté dans les délais impartis. Qu’adviendra-t-il après : et bien, la société continuera de prélever ses frais de gestion comme si de rien n’était, et vous annoncera benoîtement que, compte tenu de la nouvelle conjoncture économique, votre placement n’est plus rentable...
C’est pourquoi il est très important de bien choisir le véhicule dans lequel vous investirez :
Il faut privilégier une société qui se rémunère au success-fee à un gestionnaire qui empoche chaque année ses commissions de gestion. En cas de modification du tarif, investisseurs et monteur se retrouvent dans le même bateau et ont donc intérêt à chercher un compromis favorable à tous.
Il faut vérifier l’indépendance entre le monteur du projet et les installateurs et constructeurs de panneaux. Sinon, la société d’exploitation aura tendance à payer trop cher le matériel, ce qui peut être assimilé à des frais cachés.
Il faut se faire préciser l’ensemble des rémunérations et rétrocessions perçues à tous les étages du montage. Soyez particulièrement méfiants en l’absence totale de droits d’entrée sauf en cas de souscription en direct, car la distribution d’un produit financier a forcément un coût. Fuyez aussi les montages très complexes impliquant de nombreuses sociétés et de nombreux intermédiaires...
Il ne faut pas croire les sociétés qui vous annoncent des rendements supérieurs à 8% : les prospectus étant souvent non contractuels, des rendements très élevés n’engagent finalement que ceux qui les croient.
Il faut vérifier la validité fiscale et juridique du montage. Notons à cet égard qu’un agrément de l’AMF ne protège pas d’un redressement fiscal. Seul le rescrit a, en la matière, valeur de sauf-conduit.
Enfin, comme le dit la maxime populaire, ne placez pas tous vos oeufs dans le même panier : panachez le solaire et avec d’autres formules comme la forêt par exemple.
Plus d'infos sur ce sujet : Le placement solaire éligible à la loi TEPA.
Lien direct : http://www.photeus.info
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