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EDF EN : les couches minces pour faire face à la concurrence ?

Le 30 Jul 2010, 15:10

La France est un gros consommateur de panneaux solaires depuis quelques années grâce aux subventions mises en place par l'Etat français pour encourager cette énergie renouvelable. Le paradoxe français étant que la production ne suit pas cette hausse de la demande en raison de la main mise de la Chine, du Japon et de l'Allemagne dans ce domaine. Le premier bénéficiant en outre d'une main d'oeuvre peu couteuse. Pour se démarquer de ces concurrents, il semblerait que seule l'innovation permette à la France de se tailler une part de marché plus conséquente.

La filiale d'EDF spécialisée dans les énergies renouvelables, EDF Energies Nouvelles, la solution réside dans le développement des panneaux photovoltaiques à couches minces. Une couche mince est un revêtement dont l'épaisseur peut varier de quelques couches atomiques à une dizaine de micromètres. Cette couche, déposée sur un substrat, modifie les propriétés de ce dernier. C'est pour cela que les couches minces de matériaux semi-conducteurs sont utilisées pour les panneaux photovoltaïques essentiellement pour leurs propriétés isolantes et conductrices. Les cellules photovoltaïques à couches minces ont un rendement plus faible que les cellules photovoltaïques à base de silicium cristallin mais possèdent un coût de fabrication beaucoup plus faible en raison d'un besoin réduit en matériaux et en énergie. Tout le travail de recherche réside donc dans l'augmentation de la productivité de ce type de cellules photovoltaïques.

Pour EDF EN, la France ne peut pas se payer le luxe de ne pas avoir sa place dans les énergies renouvelables. Sous entendu, la France doit être capable de créer sa propre industrie photovoltaïque car l'éolien est en perte de vitesse sur notre territoire et qu'il s'agit du seul secteur où elle peut encore tirer son épingle du jeu. Seulement, l'énergie solaire coute chère, il faudra donc faire des choix selon EDF EN. L'entreprise s'est également exprimée sur les formes de concurrence du secteur photovoltaïque. Pour EDF EN, il en existe trois : les toitures résidentielles, les centrales au sol et les toitures commerciales. Sur ces trois activités distinctes et toujours selon EDF, seuls deux de ces activités peuvent être concurrencées par une industrie française de pointe. Il s'agit des toitures résidentielles : « elles ont des vertus pédagogiques encourageant les individus à éteindre leur lumière ou fermer le robinet d'eau », et des centrales au sol : « Cette filière est compétitive au niveau mondial. Elle est également créatrice d'emplois sur notre territoire ». En revanche pour ce qui est des toitures commerciales, le président d'EDF EN livre un bilan plutôt pessimiste : « La technologie française se développe mais elle ne sera pas disponible avant des années. Or, ce sont des investissements coûteux sans grand impact pour notre industrie. »

Le soutien de l'Etat à cette énergie propre étant de plus en plus remis en question pour les années à venir (Borloo aurait proposé dans le plan de réduction des niches fiscales un abaissement du crédit d'impôt de 50% disponible pour les particuliers souhaitant s'équiper d'une installation photovoltaïque de 3 kWc), il devient de plus en plus urgent de réattribuer une partie des subventions afin de créer une industrie photovoltaïque française puissante.

Pour faire face à la concurrence étrangère, la stratégie d'EDF EN est simple : délaisser les panneaux solaires en silicium (la concurrence a déjà pris trop d'avance et la main d'oeuvre est beaucoup plus couteuse qu'en Chine) au profit des couches. Pour cela il faut financer des plans de Recherche et développement couteux. EDF EN a en partie résolu ce problème en s'alliant avec le groupe américain First Solar (un des leaders du marché dans le monde) spécialisé dans les couches minces. « Nous les avons convaincu de venir en France. Nous ne pouvions pas les convaincre sur les coûts de production mais nous avons mis en valeur le grand marché local que représente la France. Nous avons créé les conditions pour l'attirer et fonder une filière solaire française ». Le lobbying actif d'EDF EN auprès des sphères politiques afin de soutenir la filière photovoltaïque et notamment son activité de centrales solaires au sol a donc peut être finalement payé. L'intérêt de First Solar pour le marché français et de belles perspectives de contrat en France auront donc suffit à attirer le géant américain. Reste à savoir si cette stratégie suffira à faire d'EDF EN un acteur incontournable du photovoltaïque dans le monde ?


Source : Bati Dépot : lien