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ECOLOGIE. D'abord présentée comme une alternative efficace au pétrole, les biocarburants sont aujourd'hui critiqués pour leur impact environnemental et sur les prix des denrées alimentaires.
La première génération de carburants issus de végétaux se décline sous deux formes : le bioéthanol, obtenu par la fermentation des sucres du maïs, du blé, de la betterave et de la canne à sucre, ou le biodiesel, issu du traitement des huiles extraites du soja, du colza, du tournesol ou du palmier. D'abord présentée comme une solution miracle, cette voie est aujourd'hui controversée : ses opposants mettent en cause son intérêt environnemental, mais également son impact sur les prix des denrées alimentaires. La deuxième génération, prévoit de transformer des plantes entières et de recourir à des végétaux non dédiés à l'alimentation.
Mais cette relève n'est pas encore sortie de terre que s'annonce déjà une troisième génération : ce ne sont plus des plantes terrestres qui seraient utilisées, mais des algues microscopiques produisant naturellement de l'huile susceptible d'être transformée en biodiesel.
En premier lieu, leur croissance accélérée. Ces cellules végétales se divisent en deux cellules filles en moyenne une fois par jour, produisant ainsi presque 30 tonnes d'huile par hectare et par an, c'est-à-dire plus de quinze fois plus que le colza ! Cerise sur le gâteau : la productivité des cultures de microalgues pourrait être améliorée si l'on y apportait du dioxyde de carbone, comme c'est déjà le cas dans les cultures d'algues à but alimentaire ou cosmétique et celui-ci serait susceptible de provenir des rejets de centrales énergétiques. En termes d'impact sur l'environnement, les microalgues promettent donc de faire d'une pierre deux coups. D'autant plus que si l'azote dont elles ont besoin est pour l'instant apporté sous forme d'engrais, il pourrait provenir, à terme, de stations d'épuration ou même des résidus de l'extraction de l'huile.
Autant d'atouts qui, pour un industriel en quête d'une manne énergétique renouvelable et peu polluante, ont tout d'un rêve. Et de fait, depuis quelques mois, pas moins d'une soixantaine de start-up, aux Etats-Unis notamment, ont investi le créneau des microalgues.
Et les bailleurs de fonds suivent comme les « majors » du pétrole ou le secteur de l'aviation qui ne pouvaient utiliser les carburants végétaux de première génération car ils gèlent en altitude et ont un pouvoir énergétique trop faible. Bref : les microalgues font bel et bien rêver bon nombre d'acteurs économiques.
Une vingtaine d'équipes dans le monde se penche donc sur l'essentiel : les questions clés qui, étape par étape, décideront du succès ou de l'échec industriel d'une telle filière.
Premièrement : quelles microalgues utiliser ? La candidate idéale se doit d'être riche en lipides, croître vite, facilement et sans requérir de substances coûteuses. Mais cette algue idéale est apparemment difficile à trouver.
Deuxièmement : dans quoi et comment les faire pousser ? La solution la plus simple et la moins coûteuse consiste à opter pour de simples bacs remplis d'eau et exposés au soleil. Sauf que le risque de contamination par d'autres espèces d'algues, pas nécessairement aussi riches en huile, peut conduire à une chute drastique des rendements. Et, selon la région de culture, l'évaporation et les fluctuations de la température peuvent s'avérer néfastes pour la productivité. Ici, l'usage de « photobioréacteurs », des structures fermées et transparentes qui laissent passer la lumière mais pas les contaminants, pourrait pallier ces problèmes.
Troisièmement : comment effectuer la récolte ? La séparation des microalgues du milieu de culture grève pour l'instant les budgets, que la solution retenue soit la filtration (difficile pour de très petites algues, et dans le cas où les filtres se bouchent) ou la centrifugation (qui consiste à séparer eau et algues dans un conteneur en rotation). Et enfin les techniques d'extraction de l'huile qui semblent, quant à elles, poser moins de problème. « Elles sont similaires aux technologies existantes pour extraire du biodiesel, si ce n'est que les algues contiennent davantage d'eau et qu'enlever l'eau est coûteux », précise Junda Lin, directrice de l'institut de recherche marine de l'Institut de technologie de Floride, à Melbourne.
On le voit, pour tenir leurs promesses de carburant propre, start-up et majors reconverties aux énergies vertes devront laisser à la science le temps d'imaginer comment passer au mieux des avantages théoriques des microalgues à une filière complète. Une situation que résume Antoine Sciandra, du CNRS, qui participe au projet Shamash regroupant sept équipes de chercheurs et un industriel : « Aujourd'hui, personne ne peut dire si la production de carburants à partir d'algues sera un jour rentable. Mais vu ses promesses, il est impossible de ne pas y consacrer des recherches ! »
Muriel de Véricourt
La deuxième génération de bioéthanol prévoit de transformer des plantes entières et de recourir à des végétaux non dédiés à l'alimentation. Photo L'ALSACE/Jean-Francois Frey
source : http://www.lunion.presse.fr/index.php/cms/13/article/315856/Des_algues_bientot__a_la_pompe_